Monday 16 July 2018

A comme Aromathérapie

A comme Aromatherapie

« Les dons de la nature ne peuvent pas être perpétuels.
Il est important de restituer d’une manière ou d’une autre à la nature
ce qu’on lui a pris »

(Dominique Baudoux)

Depuis que l’homme existe, il fait appel au règne végétal pour se soigner et célébrer ses dieux, scellant l’union du corps et de l’esprit, de l’Humain et de la Nature. Les huiles essentielles, considérées comme la quintessence précieuse, aromatique, du monde végétal ont toujours occupé une place privilégiée dans les rituels sacrés (Dieu ordonne à Moïse d’emporter dans ses bagages des aromates pour constituer l’huile sacrée, ou chrême odorant, avec lequel enduire le tabernacle) et profanes, tout comme dans les pharmacopées traditionnelles.

Si le 20e siècle voit la naissance de l’Aromathérapie moderne, sous l’impulsion de René-Maurice Gattefossé, il symbolisera aussi une traversée du désert, due à l’essor de la chimie de synthèse. À l’inverse, depuis une dizaine d’années, les huiles essentielles remportent un énorme succès dans le monde entier.

Un engouement qui s’inscrit dans la foulée d’un retour à la nature, d’une quête d’harmonie et d’un recours aux médecines alternatives, pour pallier aux limites de l’allopathie classique, symbolisées notamment par le développement d’une résistance aux antibiotiques. D’autant que les huiles essentielles ne cessent de prouver leur formidable efficacité thérapeutique, en curatif comme en préventif.

Revers de cette efficacité, l’Aromathérapie est une médecine « douce »… puissante ! L’engouement actuel ne doit pas faire oublier que les huiles essentielles, hautement concentrées, ne sont pas anodines. Leur utilisation requiert prudence et discernement. Mises à toutes les sauces, elles risquent de perdre leur…essence.

Cette vogue pose aussi la question d’une aromathérapie durable, qui ne pille ni le règne végétal ni les populations locales. Gardons à l’esprit, comme le dit Dominique Baudoux, que « dans la Nature, rien n’est, à la fois, aussi dense et subtil que les huiles essentielles de plantes aromatiques »…

Le saviez-vous ? L’odorat est le premier sens à apparaître in utero. Symbole, s’il en est, du lien sensible, hautement émotionnel et symbolique, que nous entretenons avec les odeurs. « C’est le seul de nos sens qui n’a pas encore pu être décrypté par la science. Par imagerie cérébrale, on peut voir, par exemple sous l’action de l’huile essentielle de menthe poivrée, une zone du cerveau colorée en rouge, indiquant qu’elle est stimulée et, avec de la lavande, une autre zone colorée en bleu, signe de calme. Si les outils permettent donc de montrer, on n’a pas encore pu identifier le pourquoi et le comment », souligne Dominique Baudoux. Ce pharmacien aromatologue belge de renommée mondiale, directeur de recherche et PDG de Pranarôm, est l’un des représentants phare de l’Aromathérapie scientifique médicale, dite « L’école française » .

Avec l’aromathérapie, qui « n’est pas simplement une thérapie par les arômes, précise Dominique Baudoux, mais la thérapie par les aromates, c’est-à-dire les plantes aromatiques dont on extrait les huiles essentielles », ce côté « magique », subtil, des fragrances côtoie une évidence : les huiles essentielles, très concentrées et biochimiquement définies, sont d’une remarquable efficacité pour traiter les pathologies virales, bactériennes et parasitaires, les affections inflammatoires, ou encore les troubles nerveux. Gorgées de principes actifs, ces huiles essentielles douées d’une énergie extraordinaire permettent, en outre, de « relancer l’élan vital auprès des individus dont la routine journalière abaisse le tonus et l’immunité face aux agressions externes de tous types », s’enthousiasme Dominique Baudoux qui recueille, chaque jour, des témoignages dans ce sens.

Mens sana in corpore sano

L’hégémonie de la science pure et du rationalisme a longtemps séparé le corps et l’esprit… Aujourd´hui, les thérapies alternatives et approches holistiques redécouvrent le bon sens ancestral des médecines traditionnelles, qui suivait la devise « Un esprit sain dans un corps sain ». En ce sens, les huiles essentielles font des merveilles, car leurs fragrances agissent sur le mental, tandis que leur concentration biochimique de principes actifs traite les troubles organiques associés.

« Si l’action complexe de l’huile essentielle aromatique s’explique par sa biochimie, il et impossible de parler d’aromathérapie sans envisager son impact au travers du sens olfactif ; indirect, plus difficile à prévoir, mais bien réel », précise André Bitsas, fondateur de Bioflore (herboristerie bruxelloise, doublée d’une société d’aromathérapie) et partisan d’une aromathérapie à multiples facettes.

Avant même que les molécules des huiles essentielles n’exercent leur action à l’intérieur de l’organisme, tous les modes d’application externe – diffusion atmosphérique, friction, massage, bain – nous mettent en contact avec leurs odeurs. Celles-ci stimulent les récepteurs sensoriels situés dans la partie supérieure du nez, qui transmettent les messages olfactifs au noyau primitif de notre cerveau, le système limbique, siège des instincts et des émotions. « Contrairement aux images et aux sons qui sont décodés par le cortex cérébral (siège de l’intelligence analytique, dont dépend davantage l’homme moderne, ndlr), l’odeur passe directement au cerveau limbique où un sentiment lui est immédiatement affecté, legs de l’époque où l’homme primitif fonctionnait davantage aux instincts. Ceci explique que nous puissions être influencés par des odeurs sans même nous en rendre compte », précise André Bitsas.

Pour aller plus loin, sachez que les stimuli olfactifs déclenchent des réponses nerveuses et hormonales orchestrées par le cerveau limbique et l’hypothalamus, ce dernier initiant des réactions physiologiques par la libération des neurotransmetteurs comme l’endorphine, la sérotonine, la noradrénaline… « Il en résulte, poursuit André Bitsas, que les odeurs, pénétrant au plus profond de notre personnalité, sont aptes à favoriser l’intuition, la créativité et à influencer directement le système nerveux autonome en régulant le rythme cardiaque, l’amplitude respiratoire ou le tonus digestif. » De quoi mettre les huiles essentielles…en odeur de sainteté !

Histoire de bon sens

Il y a plus de trente mille ans, les Aborigènes du continent australien utilisaient déjà des feuilles de plusieurs espèces de Melaleuca, dont les huiles essentielles sont aujourd´hui d’une importance capitale dans l’arsenal thérapeutique de la médecine aromatique. « Il y a plus de cinquante siècles, prêtres, herboristes et médecins se confondaient et adoptaient une philosophie de soin commune : ils soignaient l’âme pour guérir le corps », partage l’aromathérapeute Nelly Grosjean.

Les frictions cutanées avec des essences (notamment de l’huile de cèdre), les fumigations et autres bains aromatiques étaient des prescriptions courantes. À Sumer, depuis la plus haute antiquité, les traitements aromatiques étaient intégrés dans une médecine de l’homme total. Des inscriptions sur des tablettes vieilles de plus de quatre mille ans en attestent : « Contre les maux de tête, tu mélangeras du sapin, de la myrrhe, des roses, du mucilage de sésame, de la férule commune avec du son, que tu délayeras dans de la bière et tu lui feras un enveloppement autour de la tête. »

En Chine, l’un des berceaux de la phyto-aromathérapie, on retrouve la plus vieille pharmacopée reprenant plus de huit mille formules : le Pen Tsao. Dans le Traité de la chambre à coucher, Confucius vante les mérites des bains, douches et massage aromatiques dans l’harmonie sexuelle, nous apprenant au passage que coït signifie « bataille de fleurs »… L’Ayurveda, médecine de l’Inde, assimile huiles essentielles et prana, souffle de vie ou énergie vitale.

L’Égypte n’est pas en reste, puisqu’on retrouve sur des papyrus datant de 2800 ans avant J.-C, un témoignage attestant que « l’origan, la cannelle, le genévrier et la menthe entraient dans les onguents et pommades, préparés en exprimant l’essence des herbes ou en les faisant macérer dans l’huile grasse ». Les essences parfumées y étaient  utilisées pour embaumer les corps des Égyptiens de haut rang. En Grèce, Théophraste, durant l’Antiquité, a écrit

Le Traité des odeurs.

À Rome, les huiles aromatiques entraient dans la composition des élixirs de jeunesse. Mais c’est au médecin arabe, Avicenne, que l’on doit, vers l’an 1000, l’alambic qui permet l’extraction des huiles essentielles par la distillation à la vapeur d’eau (le procédé est toujours, peu ou prou, le même). Le Moyen Age confirme l’efficacité des plantes et de leurs essences, tant au niveau de la santé physique que psychique. C’est l’époque des jardins des simples, généralement cultivés par les moines, qui considéraient les huiles essentielles comme le pur esprit ou l’âme de la plante.

L’aromathérapie moderne

L’inventeur du terme « Aromathérapie » (1928) est René-Maurice Gattefossé, véritable père fondateur de l’aromathérapie moderne. Par cette appellation, il désigne l’emploi des huiles essentielles issues des plantes aromatiques pour traiter les pathologies et pour améliorer la santé et le bien-être. Cet ingénieur chimiste de formation (la parfumerie est son métier d’origine) se brûle gravement la main lors d’une explosion dans son laboratoire. Il soigne ses plaies avec de l’huile essentielle de lavande vraie et obtient des résultats inespérés, en terme de guérison et de cicatrisation. Il est l’auteur, en 1937, d’un ouvrage de référence, Aromathérapie, les Huiles essentielles hormones végétales, aujourd´hui quasi introuvable (à guetter sur Internet). Son rayonnement est altéré par le développement des antibiotiques.

D’autres hommes essentiels ont pris la suite, comme le fameux Dr Jean Valnet qui, dès les années 1960, diffuse à un large public des livres vulgarisant l’usage de l’aromathérapie et de la phytothérapie, dont il a pu vérifier l’efficacité sur le terrain en tant que chirurgien militaire. Épinglons aussi Pierre Franchomme, aromatologue de réputation internationale à qui l’on doit la notion de « chémotype », appelé également chimiotype (ou race chimique de l’espèce). Cette notion permet d’apporter plus de précision aux traitements, réduisant les échecs thérapeutiques, effets secondaires et autres risques de toxicité.

« La précision du chémotype associée à la dénomination scientifique latine permet la parfaite compréhension du mode d’action des huiles essentielles qui aboutira à l’emploi d’une thérapeutique naturelle puissante et efficace », précise Dominique Baudoux. La mise en évidence du chémotype s’explique par le fait qu’une même plante aromatique, botaniquement définie, synthétise une essence qui sera biochimiquement différente en fonction de son biotope (nature du sol, altitude, climat, plantes voisines…).

Une plante aromatique fournira donc des huiles essentielles différentes en fonction du lieu d’origine. « Biochimiquement différents, deux chémotypes présenteront non seulement des activités thérapeutiques différentes, mais aussi des toxicités très variables. » Dominique Baudoux donne ainsi l’exemple parlant du thym : un premier chémotype – Thymus vulgaris CT thujanol, donne une huile essentielle aux propriétés anti-infectieuses importantes, qui a une action stimulante et régénératrice des cellules hépatiques. Très sûre d’emploi, elle est dépourvue d’effets secondaires. Un autre chémotype, Thymus vulgaris CT thymol, produit une huile essentielle fortement antibactérienne, caustique et hépatotoxique à doses élevées et prolongées.     Preuve s’il en est que l’administration d’huiles essentielles ne supporte guère l’amateurisme…

« L’école française » vs « L’école anglaise »

Deux courants majeurs cohabitent en aromathérapie, sans pour autant se tourner le dos.  L’école française (René-Maurice Gattefossé, Jean Valnet, Pierre Franchomme, et chez nous Dominique Baudoux,…) pourrait être qualifiée d’aromathérapie scientifique médicale. Se basant sur les caractéristiques physiques et chimiques de l’huile essentielle, elle s’attache avant tout à résoudre les problèmes de santé. Pour cette approche, tous les usages sont pris en considération, y compris la prise orale. Dans cette logique, on voit se développer des formes galéniques (capsules, suppositoires) qui tendent à faire de l’huile essentielle un médicament naturel.

Selon André Bitsas, qui prône une troisième voie entre École française et École anglaise, les formules encapsulées, bien qu’ayant prouvé leur efficacité  et leur commodité, appellent une certaine prudence : « Une fois encapsulée, la puissance de l’huile essentielle est masquée, d’où un risque de surdose. En outre, en faisant l’impasse sur l’olfaction, ces formules passent à côté d’un mode d’action non négligeable… La perception claire de l’identité olfactive de l’huile essentielle nous aide à mieux visualiser son mode d’action et, en définitive, à nous impliquer dans la guérison. » Et de rappeler que les odeurs, par le biais de la production de neurotransmetteurs (voir plus haut), ont une action physiologique. Il cite l’exemple de patients souffrant de troubles nerveux : si on leur soumet par test instinctif 5 huiles essentielles, chacun choisira celle qu’il aime olfactivement, amplifiant considérablement l’effet thérapeutique.

Nourrie par de nombreuses recherches, l’aromathérapie selon « L’école française » ne cesse de progresser dans le monde médico-scientifique (voir chapitre ci-dessous). Et remporte également un franc succès auprès du grand public et des familles. « L’école anglaise » (Marguerite Maury, Robert Tisserand, Patricia Davis, Julia Lawless…) pourrait être, elle, qualifiée d’aromathérapie de l’âme. En tout cas, cette forme d’aromathérapie, pratiquée davantage dans les pays anglo-saxons, est plus intuitive et prend plus en compte l’aspect énergétique, vibratoire et émotionnel des huiles essentielles. Elle met l’accent sur les usages externes – onctions, massages, bains aromatiques – dans une visée d’harmonie et de bien-être, physique et mental, générés autant par la chimie de l’huile essentielle que par ses qualités olfactives. On peut la qualifier d’olfactothérapie, tout autant que d’aromathérapie…

Aromathérapie corps & âme

La frontière entre les deux écoles, française et anglaise, tend à s’estomper – d’autant que la matière première est la même, pour s’engager dans une troisième voie : une « aromathérapie corps et âme », comme l’appelle André Bitsas (auteur d’un livre éponyme ; voir « à lire »). Une approche qui considère l’huile essentielle dans la perspective la plus large possible, tenant compte de la complexité humaine et végétale (et de leur lien précieux). « Comment faire en sorte que cette complexité issue d’un végétal – auquel nous sommes évidemment apparentés – s’adapte le mieux à nos besoins du moment et agisse non seulement par ses propriétés, mais aussi comme inspiratrice de notre homéostasie. L’homéostasie étant la capacité de toute créature vivante à garder l’ensemble de ses fonctions en équilibre malgré les contraintes et agressions extérieures. N’est-ce pas le rôle que joue l’essence aromatique au service de la plante elle-même ? »

Ainsi, l’arbre à myrrhe, qui pousse en zone désertique, laisse-t-il suinter des larmes de résine. Quand le soleil est fort, les gouttes dispensent une aura aromatique autour de lui qui le rafraîchit. Et il est intéressant de noter que l’essence de myrrhe est l’un des meilleurs anti-inflammatoires… Comme un renfort supplémentaire à cette approche globale, certains auteurs (Philippe Mailhebiau a initié la démarche) ont développé une « caractérologie » des plantes aromatiques. Par l’étude de leur aspect et comportement, on définit la personnalité de la plante aromatique, avant d’en déduire des similitudes et complémentarités avec les caractères humains.
« Après la dimension scientifique et la dimension intuitive et émotionnelle, la caractérologie nous propose une dimension symbolique qui ne manque ni de pertinence ni de charme, relevant plutôt d’une patiente interprétation du monde que d’une méthodologie rigoureuse », fait remarquer André Bitsas. Toujours dans cette optique d’une aromathérapie « intégrale » qui transcende les différences, on peut épingler l’Aromathérapie Quantique®, mise au point par le Dr Pénoël, aux confins de l’aromathérapie et des récentes découvertes de la physique quantique. Une démarche qui inclut la prise de conscience et la responsabilisation du patient dans le processus de guérison et de réalisation personnelle par les huiles essentielles.

Mais évoquer l’aromathérapie dans une perspective plus large et consciente ne peut se faire sans réfléchir à son avenir et au développement d’une aromathérapie durable, loin des considérations consuméristes. Cela passe par le commerce équitable, soit la production d’une huile essentielle qui permette à la population de se fixer dans son environnement naturel et d’en tirer un revenu décent. Et la gestion raisonnée de la biodiversité et des espèces végétales, tant il est évident que le succès actuel de l’aromathérapie met en danger certaines espèces (à l’image du bois de rose ou du santal blanc) et pille certaines terres (et populations).

Comme un consommateur averti en vaut deux, il est préférable de s’informer le plus complètement possible sur l’huile essentielle achetée et la société qui la commercialise… Alors que Madagascar, gros fournisseur d’huiles essentielles, se retrouve confronté à une pénurie de ravintsara (très demandée les derniers temps), Pranarôm, sous la houlette de Dominique Baudoux, a initié une démarche de développement durable en s’associant avec un local Malgache. Sur 50 ha de terre, ils ont planté près de 5000 plants de ravintsara et engagé 30 ouvriers agricoles, qui reçoivent un salaire équitable…ce qui fait vivre de nombreuses personnes dans la région. « Les dons de la nature ne peuvent pas être perpétuels. Il est important de restituer d’une manière ou d’une autre à la nature ce qu’on lui a pris », témoigne Dominique Baudoux.

Une médecine d’avenir ?

« L’avenir de la médecine aromatique sera riche, car elle n’est qu’au commencement de sa nouvelle évolution », souligne Dominique Baudoux. Il faut avouer que l’incroyable efficacité thérapeutique – notamment l’action anti-infectieuse – des huiles essentielles peut apporter des solutions crédibles et efficaces aux pathologies auxquelles se heurte de plus en plus la chimie de synthèse. Mode de vie stressant et polluant, alimentation déséquilibrée et autre surconsommation de médicaments ont engendré de nouveaux problèmes de santé : de nombreuses pathologies virales, un accroissement des mycoses et des allergies, l’apparition de germes pathogènes résistants aux antibiotiques, l’augmentation des pathologies auto-immunes… Des pathologies qui touchent souvent le système immunitaire, cette capacité de défense naturelle que possède tout être vivant.

Pour traiter rapidement (mot-clé de notre époque) une affection, on recourra plus qu’il ne le faut aux antibiotiques, dont un des effets secondaires est la destruction partielle de la flore saprophyte (au niveau des intestins, des muqueuses…) responsable de notre immunité. Et c’est le cercle vicieux : on retombe malade…et on reprend des antibiotiques. « L’action anti-infectieuse des huiles essentielles, elle, est eubiotique, c’est-à-dire qu’elle favorise le retour à la vie », précise Dominique Baudoux

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Différentes publications montrent d’ailleurs un respect des huiles essentielles pour la flore intestinale. Une des pistes d’avenir (et de recherches) pour l’aromathérapie tient donc dans cette prise en charge des affections virales, auto-immunes ou antibio-résistantes. « Publications scientifiques à l’appui, on a constaté que l’huile essentielle de tea tree détruit le virus H1N1. On sait aussi que le ravintsara a une activité anti-grippe, quelle que soit la souche. Avec une action globale, en prévention et en curatif. Ainsi, diffuser ces huiles essentielles dans l’atmosphère a un effet aseptisant et freine la contagion. Un gel pour les mains antiseptique à base de ces essences limite la contamination. Et, utilisées en friction, ces huiles essentielles augmentent l’immunité. Sans oublier l’action antivirale, en cas de problème avéré », explique Dominique Baudoux, très impliqué dans ces recherches du futur

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Il travaille notamment à évaluer l’emploi de l’huile essentielle d’origan, n°1 des « antibiotiques » naturels à large spectre d’action, sur la malaria (en prévention et en curatif). Contrairement à ce que faisait remarquer plus haut André Bitsas, Dominique Baudoux prône justement ici l’usage de l’origan encapsulé, qui « sécurise l’emploi, puisque l’huile essentielle est ‘pré-dosée’ et diluée dans de l’huile végétale. » Au niveau botanique, soulignons aussi les recherches actuelles pour créer des biocides à base d’huile essentielle, pour protéger naturellement les vergers et potagers cultivés en agriculture biologique.

Un seul regret : malgré certains travaux de recherches, qui n’ont apparemment pas pu être exploités, rien n’a encore été fait en aromathérapie anti-cancéreuse. Il semblerait que le terrain soit miné, par les enjeux financiers colossaux que draine cette maladie au niveau médical et pharmaceutique…

Quand une fragrance sauve des vies
Parmi les autres pistes prometteuses, l’olfactothérapie – ou thérapie par les fragrances (c’est à Gilles Fournil que l’on doit cette appellation), offre des perspectives pour le moins intéressantes, notamment dans les cas de maladie d’Alzheimer (si l’odorat est le premier sens à se développer, c’est aussi le dernier à disparaître), d’épilepsie, de stress post-traumatique ou encore en soins palliatifs. « L’information va œuvrer en profondeur, dans l’inconscient », précise Dominique Baudoux.

Ainsi, Stéphane Boistard, grand habitué des plantes et des fragrances naturelles, relate-t-il un accompagnement « olfactif » d’une personne dans le coma : « Elle n’avait plus aucune réaction. Elle s’est mise à pleurer quand je lui ai fait sentir une odeur et rire avec une autre… » Dominique Baudoux, lui, évoque l’étude dirigée par le Professeur Messer, en collaboration avec le CNRS, en néonatalogie (Hôpital de Strasbourg).

« Savez-vous que la fragrance de vanille sauve des vies ? Chez les grands prématurés, le risque majeur est de faire une apnée centrale. Le seul traitement connu est à base de caféine, causant des dégâts aux niveaux nerveux et cardiaque. En diffusant des huiles essentielles de vanille, on a diminué de 50% les apnées centrales les plus sévères ! Il semblerait – sans que cela soit tout à fait prouvé actuellement – que certaines molécules de la vanilline se trouvent dans le lait maternel – symbole d’une présence olfactive de la mère protectrice, qui fait partie du bagage génétique du nourrisson – et auraient une fonction harmonisante. » On ne peut qu’être sensible aux promesses de cette aromathérapie…qui a du nez !

Mode(s) d’emploi

  • Diffusion dans l’atmosphère. Outre parfumer agréablement nos demeures, ce mode d’utilisation purifie, aseptise, revitalise et régénère l’air. Selon les huiles essentielles choisies, il  apporte les propriétés spécifiques à chacune : respiratoire pour le pin ou l’eucalyptus ; revitalisante pour la coriandre, le romarin ou la muscade ; relaxantes pour la lavande, la camomille ou l’orange,… Épinglons le diffuseur électrique ou nébuliseur qui, grâce aux vibrations, disperse les microparticules dans l’air ambiant. Non chauffées les huiles essentielles conservent intactes leurs propriétés.
  • Frictions. Une méthode déjà adoptée en son temps par les Égyptiens. L’application sur la peau permet de retrouver les huiles essentielles dans le sang et dans la lymphe, et ce pour une longue durée. De plus, les huiles essentielles utilisées en friction sur un point précis du corps, seront attirées vers l’organe faible ou la fonction perturbée. Attention, seules quelques huiles peuvent être utilisées sur la peau sans être diluées. La plupart exigent d’être diluées dans de l’huile végétale bio (olive, amande douce, germe de blé). De même, il faut soigneusement éviter les muqueuses et les organes génitaux. L’onction, elle, consiste à appliquer en douceur quelques gouttes d’huile essentielle sur une petite surface de peau et convient surtout aux applications psycho-émotionnelles de l’aromathérapie.
  • Ingestion. Il est possible d’utiliser les huiles essentielles par voie interne. Une méthode efficace, mais qui requiert l’avis d’un spécialiste. Cette utilisation demande du discernement et réclame des huiles essentielles d’une qualité extrême. Le plus couramment, les huiles essentielles sont posées sur la main, à concurrence d’une ou deux gouttes, et lapées. Forme galénique, encapsulée. Notons aussi l’essor de l’aromathérapie culinaire.
  • Bains aromatiques. Une manière agréable de profiter des bienfaits des huiles essentielles ! Les bains parfumés sont déjà en vogue à l’époque de Cléopâtre. Les huiles ne sont pas miscibles dans l’eau. Il faut donc les mélanger dans un solvant (poudre de lait, poudre d’algue, jaune d’œuf, gel douche neutre,..) avant de les introduire dans l’eau. Pour un bain tonique : gingembre, romarin…. Relaxant : lavande, petit grain, camomille… Sensuel : ylang-ylang… Rafraîchissant : menthe poivrée, etc.
  • Beauté et soins. Les huiles essentielles peuvent s’utiliser dans des masques, laits, soins de beauté et autres huiles de massage.

À lire : « L’aromathérapie, Se soigner par les huiles essentielles », Dominique Baudoux (Amyris/nouvelle édition) ; « Aromathérapie corps et âme, Comment ajuster complexité aromatique et complexité humaine », André Bitsas (Amyris) ; « Aromathérapie essentielle », Jean-Louis Abrassart (Trédaniel) ; « L’Aromathérapie, Thérapeutique de Pointe en Médecine naturelle », Pierre Franchomme (Amyris) ; « L’aromathérapie exactement », Pierre Franchomme et Daniel Pénoël ; « L’aromathérapie, santé et bien-être par les huiles essentielles », Nelly Grosjean (Albin Michel) ; « Aromathérapie », Jean Valnet (Livre de Poche) ; « La Nouvelle Aromathérapie », Philippe Mailhebiau (Jakin) ; « L’Aromathérapie Quantique, Pour se réaliser avec les huiles essentielles », Dr Daniel Pénoël (Guy Trédaniel)…

Précautions d’usage

  • Comme les huiles essentielles pénètrent l’organisme en profondeur, il est primordial d’avoir recours à des huiles essentielles bio ou 100 % pures et naturelles.
  • Pour les enfants et femmes enceintes, nombreuses restrictions et interdictions. Demandez conseil impérativement à un spécialiste (aromathérapeute, naturopathe…).

Qu’est-ce qu’une huile essentielle ?
Une huile essentielle est un extrait liquide, concentré et complexe, obtenu par distillation par entraînement à la vapeur d’eau (par expression mécanique pour les agrumes) de plantes aromatiques ou d’organes de cette plante (fleur, feuille, bois, racine, écorce, fruit…). Une huile essentielle est donc l’essence distillée de la plante aromatique. Elle est composée d’une centaine de molécules terpéniques et aromatiques particulièrement actives et originales pour la santé au quotidien. (Source : Guide pratique d’Aromathérapie familiale et scientifique, Dominique Baudoux).

3 essentielles
Dominique Baudoux nous confie les trois huiles essentielles qu’il emporterait sur une île… Trois indispensables qui permettent de se faire une idée réelle de l’attrait des huiles essentielles.

  • L’origan compact (Origanum compactum). C’est la n°1, en raison de son action anti-infectieuse puissante à large spectre : antiparasitaire, antifongique, antibactérienne, antivirale… C’est aussi un excellent immunostimulant qui renforcera les défenses naturelles affaiblies. Un intérêt supplémentaire se marque par son action curative autant que préventive. Il existe des capsules oléoaromatiques contenant cette huile essentielle, ce qui permet d’éviter sa dermocausticité à l’état pur. À glisser notamment en prévention dans les sacs à dos des voyageurs devant affronter des conditions hygiéniques difficiles.
  • La lavande aspic (Lavandula spica). C’est le « SAMU » ! Une huile essentielle qualifiée d’urgence, car elle est « miraculeuse » pour soulager et guérir les brûlures sévères – quelle que soit la source – et les morsures d’animaux venimeux : guêpe, scorpion, méduse, serpent,… Ce n’est pas pour rien que la sagesse populaire l’a appelée « aspic » du nom de la vipère, ce serpent dont la morsure peut être neutralisée grâce à l’application immédiate et répétée de cette huile essentielle. À utiliser pure, directement (2 à 3 gouttes appliquées toutes les minutes pendant 10 minutes, puis 4 fois par jour).
  • L’immortelle ou hélichryse italienne (Helichrysum italicum ssp serotinum). Elle devrait être dans le sac à main de toutes les mamans ! C’est une plante magique pour tous les traumas. Deux gouttes sur tout coup, hématome ou bleu (même s’il y a une plaie) suffisent à prouver son efficacité rapide et surprenante. À utiliser également pour les extractions dentaires (fini l’effet hamster après l’opération des dents de sagesse!) et les pathologies inflammatoires : tendinites, arthrite, cellulite, couperose…

Secret d’hiver
Aux premiers frimas, il est de bon aloi de blinder le système immunitaire, afin d’éviter les refroidissements. Mieux vaut prévenir que guérir. Chaque jour, brancher le diffuseur dans la maison (1/2 heure, 2 fois par jour/max. 5 min si bébé dans la maison) avec un mélange d’huiles essentielles respiratoires : Eucalyptus, Pin, Romarin, Lavandin, Cèdre, Cannelle et Thym. Par exemple, pour 60 ml : 30 ml d’Eucalyptus, 10 ml de Lavandin, 15 ml de Pin Sylvestre, 2 ml de Cannelle de Sumatra et 3 ml de Thym doux de Provence.

Carine Anselme