Sunday 20 September 2020

Ecoutez la voix de vos rêves

Chut… Vous entendez ? C’est la petite voix de l’inconscient qui vous rend visite en songe. Le rêve, passeur de message, est magique…pour peu qu’on y prête attention. Imagé, il parle une langue d’une infinie richesse. Jamais en panne de scénarios, il déploie les ailes du possible. Il réconcilie les temps, abolit les distances, fait revivre les disparus, dénoue les conflits, solutionne les problèmes, guérit les blessures… Loin des interprétations toutes faites, c’est un chemin de connaissance de soi. Un puissant outil de créativité.
« Quand un homme entre dans une phase significative de son destin, on peut assurer avec certitude qu’il en a été averti par ses rêves »(Carl Gustav Jung)

« J’ai fait un rêve… Bouleversant. Universel, et pourtant terriblement personnel… Intime, même… Légère comme une plume, les bras écartés, je volais… Je ressentais, comme jamais dans la vie réelle, les moindres sensations : le vent, l’air frais, le plaisir, l’infini de ma vision, les couleurs des paysages, les senteurs de terre mouillée… Je me suis réveillée parce que je pleurais de bonheur. C’était une époque où je me sentais « enfermée » : dans mon travail, dans le quotidien, dans un couple où plus rien ne me satisfaisait. J’ai pris ce rêve comme un message. Ce ressenti joyeux de liberté m’a aidée à faire le pas, à déployer mes ailes pour l’inconnu avec plus de confiance », partage Laya, encore intensément habitée par son rêve. « Dans l’univers onirique, tout est possible », s’enthousiasme Monique Tiberghien, psychothérapeute en bioénergie, rêve et thérapie par le son. Cette ouverture magique, véritable traversée du miroir vers l’autre côté de soi, offre une formidable opportunité de dialogue intérieur. « Les rêves sont les clés pour nous sortir de nous-mêmes », écrivait Georges Rodenbach, familier du symbolisme, qui tirait sa substance de l’étoffe des songes. Le rêve offre une perspective élargie de notre quotidien. Il est donc normal d’y retrouver des solutions qui ont pu nous échapper durant la journée, toujours trop pleine pour nous laisser rêver… Que d’inventions et réponses aux grandes énigmes de l’humanité nous lui devons! Épinglons, en vrac, la théorie de la relativité d’Einstein, la structure de l’atome de Niels Bohr, la loi des leviers d’Archimède… S’il nous invite à travailler la dimension personnelle et transgénérationnelle, le rêve nous fait aussi pénétrer, via les grands symboles qu’il véhicule, au cœur de l’inconscient collectif. « Le rêve, poursuit Monique Tiberghien, met en connexion avec la librairie universelle, le grand cerveau de l’humanité. »

La paix au bout du rêve

Véritable soupape, le rêve libère les émotions négatives et autres conflits larvés. C’est un pacificateur et un harmonisateur. Un vrai réconciliateur : entre passé et présent, entre les différentes parties de soi, entre conscient et inconscient, entre soi et l’autre, entre ombre et lumière, etc. Les tribus qui l’intègrent en pleine conscience à la vie de la communauté sont généralement pacifiques. Ainsi en est-il des Senoï, en Malaisie. « Ce peuple de rêveurs partage les rêves au petit déjeuner et lors des conseils de village. Si un rêve important se présente, ils prennent leurs décisions en fonction. C’est un système très démocratique, puisque même les rêves des enfants sont pris en compte », confie Monique Tiberghien. Le rêve initie donc un grand nettoyage qui peut dénouer des situations bloquées ou des nœuds existentiels, en « retraitant » l’information et en lui trouvant des solutions. En insérant de la créativité dans le scénario nocturne (les portes s’ouvrent toutes seules, les voitures volent au-dessus des bouchons, l’argent tombe du ciel…), il ouvre la voie à plus de flexibilité, de fluidité et d’inventivité dans le quotidien. « Si c’est possible la nuit, pourquoi cela ne le serait-il pas le jour ? », semble nous dire le rêve… Le rêve apaise, donc. Il guérit aussi. D’abord en unifiant l’être, on l’a vu, mais il agirait également sur le corps physique. « Les rêves sont la matérialisation du chi (l’énergie vitale, ndlr) sous forme d’images, on peut donc agir dessus (voir encadré « Je rêve au pluriel », à propos du rêve lucide). Comme on envoie du chi dans les méridiens bloqués pour remettre l’énergie en mouvement, je propose un travail avec l’énergie du son pour faire descendre les rêves dans la partie du corps concernée », commente Monique Tiberghien, qui a découvert, enfant, l’auto- guérison par le chemin du rêve, bien avant que ne commence sa trajectoire de thérapeute.

Ramener le rêve à la vie

« Ne fermez pas la porte à la lumière des rêves », disait déjà Clément d’Alexandrie. Pourtant, fragile comme une bulle de savon, il est facile de le laisser filer! Du rêveur passif au rêveur actif, du rêve à la réalité, voici quelques pistes pratiques pour tirer le meilleur du songe et le répercuter sur le quotidien.

  • Tenir un Journal du Rêve. Si on n’écrit pas ses rêves au réveil, très vite ils s’effacent (hormis les plus marquants) et les subtils détails, riches d’enseignement, disparaissent. Le rêve est comme un fil d’araignée ; mieux vaut ne pas bouger du lit pour ne pas couper ce fil et retranscrire directement tout ce qui s’est présenté dans le rêve. Comme les plus infimes détails se révèleront d’importance lors de l’analyse, le vocabulaire, les sensations et émotions chercheront à être le plus précis possible. « Pour une présence complète à l’image, cultivez les cinq sens : regardez, goûtez, entendez, palpez, sentez le rêve », précise Monique Tiberghien. La respiration accompagne très bien le travail sur le rêve : on peut écrire les mots sur l’expire pour que ça passe aussi par le corps (très efficace pour dissoudre les sensations désagréables après cauchemar). Autre alternative : écrire un petit fragment de rêve et y indiquer tout ce qui nous vient à l’esprit par rapport à cette image-là. Si on veut encore aller plus loin, on peut ramener le rêve à la vie en s’inspirant de la Gestalt et en faisant parler les intervenants du rêve. Si on a écrit le mot « chien », on peut l’amener à s’exprimer en se mettant dans sa peau et en laissant aller sa plume, mais aussi en dessinant, en dansant, en travaillant l’argile, etc. Le but est de mettre des gestes et sensations précises sur chaque image.
  • À chaque jour suffit son rêve. « Plus on les travaille, partage Monique Tiberghien, plus ils vous apportent ». Tel un muscle qui se tonifie avec l’entraînement, la mémoire du rêve augmente avec l’habitude de le noter. C’est une pratique quotidienne, qu’on peut accompagner d’un entraînement diurne. Avec la méditation, par exemple, on est plus présent. Plus de présence la journée égale plus de présence la nuit.
  • Inviter le rêve et l’orienter. Si on veut qu’elle porte conseil, la nuit se prépare de préférence par un moment de calme et d’intériorisation. On peut aussi demander à ses rêves : de se souvenir, de répondre à une problématique précise, d’inspirer sur un sujet… Pourquoi ne pas écrire dans son cahier de rêve, la demande ou l’orientation souhaitée, en la résumant par une phrase ou un postulat simple ? Cette induction est une technique très ancienne, largement pratiquée dans l’Antiquité. Pendant près de 1000 ans, les gens ont invoqué Esculape, dieu de la médecine, pour recevoir des songes favorables.
  • Une clé personnelle. Le rêve étant un message du rêveur à lui-même, seul le rêveur lui-même est capable d’en saisir le sens profond. Attention aux interprétations hâtives et généralistes ! Les livres ne peuvent livrer que la clé des signes et symboles (traditionnels, culturels, collectifs) qui jalonnent les rêves. Mais ces symboles sont à pondérer avec le vécu personnel et les circonstances de chacun. Un travail qui peut avantageusement se faire en compagnie d’un thérapeute.

Je songe au pluriel

Le rêve est un outil d’évolution, qui peut être utilisé pour le développement personnel ou la thérapie. Quels que soient les rêves – nocturnes, éveillés, lucides – ils sont de la même étoffe. Épinglons deux voies de travail intérieur par le rêve.

  • Le rêve éveillé. Le RED (Rêve Éveillé Dirigé) est un outil thérapeutique méconnu, créé au siècle dernier par Robert Desoille. Nul besoin de dormir pour inviter l’inconscient à se manifester ! Par une relaxation adéquate et une respiration profonde, l’individu rentre dans un état de conscience modifié (sans recours à la suggestion ni à l’hypnose) et laisse venir des images venant des profondeurs de l’être. Ces images expriment sa problématique, lui apportant une libération, un apaisement, des réponses, voire des solutions. (Rêver pour renaître, Georges Romey).
  • Le rêve lucide. Celui-ci est nocturne. C’est un rêve pendant lequel on est conscient de rêver. « Un rêve lumineux, ajoute Monique Tiberghien, puisqu’il allie la force créative du rêve et la pleine conscience ». Tout le travail consiste à cultiver la maîtrise de ce qui s’y déroule, totalement différente du contrôle qui briserait la spontanéité propre au rêve. On peut l’entraîner, comme un muscle, à force de méditation, de travail sur ses rêves. « Le rêve lucide a été [re]découvert par les psychologues, mais il est présent dans de nombreuses traditions spirituelles, des Tibétains, aux soufis, en passant par les Amérindiens », explique Monique Tiberghien, partie aux quatre coins du monde recueillir le rôle du rêve dans les différentes cultures. (La créativité onirique. Du Rêve ordinaire au Rêve lucide , Yogas tibétains du rêve et du sommeil, Tenzin Wangyal Rinpoché).

Carine Anselme & Eve François

Sur la table de chevet
Voici quelques livres pour vous aider à tourner la clé des songes.
* Dictionnaire de la symbolique des rêves, Georges Romey, éd. Albin Michel [coll. Espaces Libres].
* Comment interpréter vos rêves, Tous les éléments symboliques pour décrypter le symbolisme de vos songes, Nerys Dee, éd. Dangles.
* Quoi faire de ses rêves ? Et Donner du sens à ses rêves, Jean-Dominique Larmet, éd. Jouvence.