Sunday 20 September 2020

2011… le bon moment… c’est pour quand ?

Bon, c’est fait. On n’y reviendra pas avant douze mois. Encore quelques coupes de champagne par ci par là à faire tintinnabuler, un restant de bûche chocolatée à distribuer, les boules du sapin enrubanné à décrocher, une galette frangipanée à digérer… il est temps de passer à autre chose.

Si on décidait, comme une résolution d’un premier de l’an qui cette fois ne s’évaporerait pas dans la brume des lendemains de fête, de s’occuper de quelqu’un de bien plus important que Père Noël, Saint Sylvestre et les rois mages réunis ? De qui pourrait-il s’agir ? Cherchons bien.

Ce quelqu’un s’impose des journées de travail interminables, connait des nuits blanches au creux du lit, compense ses angoisses et son stress par des joggings à bout de souffle, des dimanches apathiques pizzas-chocolat avant de passer aux lundis panini. Ce quelqu’un râle après ses contractures, ses lumbagos, ses ulcères, s’épuise dans des courses au nirvana masquant, peut-être, des quêtes d’éternité.

Ce quelqu’un est peut-être un peu, beaucoup, comme nous tous :  un corps et un mental unis, n’en déplaise aux irréductibles cartésiens. Ce binôme, tel un room service, disponible, vingt quatre heures sur vingt quatre pour nous faire avancer là où nous allons. Ou plutôt comme notre moi le peut, notre surmoi le veut et notre ego l’ordonne ! Avec les moyens de l’un, les contraintes de l’autre et les ambitions du troisième qui voudrait bien toujours être le seul à décider.

Dans ce grand manège intérieur, on affronte les passages à vide et les trous d’air, on contrôle les loopings, on réagit aux freinages intempestifs et on essaie de profiter des accélérations impromptues. Mais parfois cet incroyable mécanique de précision, dérape, ralentit, se bloque, s’use ou s’emballe. Alors, si, en ces temps de crise technologico-existentielle, on faisait le pari, pour cette année 2011, d’optimiser les capacités de ce rouage ?

Imaginons qu’entre maison et bureau, femme ou conjoint, bébé ou adolescent, grand-père ou belle-mère, dégât des eaux et jardinage, conseil d’administration et grèves surprises, téléconférence et paperasse administrative, rendez-vous incessants et crise de réunionite aigues, insomnies et paresse dominicale, déjeuners d’affaire et dîner aux chandelles, nous arrivions, aussi, à trouver le temps de, -enfin!, prendre soin de nous-mêmes !

Premières réactions ? Un sourire en coin qui trahit une mine dubitative, un petit rire qui frise l’ironie et se prolonge dans un haussement d’épaule, un presqu’imperceptible serrement de gorge, une compression du plexus, un front qui se plisse, des mains qui s’agitent , et un soupir de consternation accompagnant cette réflexion : « Comme si, alors qu’il ne s’agit plus que de survivre dans ce monde devenant fou, il n’y avait pas autre chose à faire que de s’occuper de soi ! ».

Il pourrait effectivement nous sembler inutile, impossible, absurde, précoce, nombriliste de proclamer ouvertement, en ce jour d’hiver pluvieux, ensoleillé ou gris bleu, que chacun(e ) de nous est, pour au moins les plus de 300 jours à venir, au milieu de cet univers incommensurablement mystérieux et imprévisible , un monde à lui ou tout(e) seul(e), digne d’une attention aussi actuellement primordiale que la vie professionnelle, familiale, économique, sociale, qui nous entoure.

Car cette vie n’existerait pas, ici et maintenant, sans le mouvement plus ou moins harmonieux de cette énergie physique et mentale. Alors, pour une fois, laissons au placard les fausses modesties et les apparentes humilités.

L’époque est paroxystique dans une société où s’annonce, paraît-il, une mondialisation des désastres en tous genres, où sévit une contagieuse sinistrose, où mêmesitoutvamalçanesertàriendeledire, où les espoirs d’un monde meilleur semblent fondre comme les glaciers, où le quotidien semble se vivre sur un champ de bataille sur lequel on ne sait même plus contre qui ou quoi il faut se battre.

Si le temps de vivre bien ou de vivre tout court semble nous échapper, voici venir, dans son imminente immédiateté, le moment de sur-vivre ! et si cela signifiait vivre au-dessus des moyens limités qu’on s’est jusque-là donné pour accéder à un bien-être intérieur.

Gageons qu’en cette nouvelle année grandira en nous le doux sentiment qu’en nous faisant du bien nous en prodiguons, dans le même temps, tout autour de nous. Un doute encore ? Essayons, juste pour voir, et parce que encore plus aujourd’hui qu’hier, notre vie c’est maintenant et ici !!

Belle année !

Eve François